On the road again
Un hiver 2023-2024 qui n’en finit pas, rendant les chemins difficilement praticables et les longues sorties d’entrainements sans pluie proches de l’utopie…
Des heures carrées d’organisation derrière l’ordinateur, devant les cartes, au bout du téléphone.
Du décorticage de matériel, des calculs de poids, de tests de répartition de chargements.
Voilà l’envers du décor de ce nouveau trip à cheval !
Néanmoins, avec une dizaine d’années d’expérience de voyages à mon actif, dont une année sabbatique à vélo à travers l’Amérique et une saison d’été à pied à travers les Alpes, l’organisation d’un trip, ça commence à me connaitre, et ça me plait !
Cet enchainement d’étapes qui amène pas à pas du rêve à la réalité.
De l’idée à l’expérimentation.
Ces rencontres humaines qui en découlent, ces liens qui se tissent avec ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la construction du projet.
Et des bonnes étoiles qui s’alignent étape après étape pour me rassurer sur le bien-fondé de cette étrange idée de randonnée…
Les joies de la planification logistique
Côté logistique, ça pourrait sembler assez simple ; je ne pars pas à l’autre bout du monde, les aléas climatiques potentiels de la région se limitent à une bonne vieille pluie, voire à quelques coups de vents, et pourtant… j’ai le sentiment de n’avoir jamais passé autant de temps à décortiquer une préparation de trip !
Car partir seule avec un équidé de 500kg à ses côtés, qui de surcroît n’a pas vraiment (encore !) une âme d’aventurière, ça ne s’improvise pas…
J’impose à ma jument deux conditions qui vont plutôt à l’encontre sa nature d’équidé – le fait de partir seule, sans autre congénère à ses côtés, et celui de la sortir de sa zone de sécurité en la changeant quotidiennement d’environnement. Deux conditions qui peuvent facilement lui créer du stress et devenir problématiques, voire dangereuses si elles ne sont pas gérées correctement.
Alors pour anticiper tant son bien-être que ma sérénité mentale, je décide de prévoir en amont chacune de mes étapes pour la nuit, afin de lui assurer une bonne récupération et, dans la mesure du possible, d’autres copains chevaux à proximité pour la rassurer.
En théorie, prévoir ces étapes, ça paraissait plutôt facile. Il existe de nombreux itinéraires équestres en Bretagne recensés sur le site de l’Equibreizh, qui propose une cartographie en ligne avec listes d’hébergements potentiels et autres services dédiés aux cavaliers.
En pratique, ce site n’est pas vraiment à jour entre les contacts périmés, les hébergements qui ne sont plus, auxquels s’ajoutent ceux déjà complets avec les ponts du mois de mai…
C’est donc moults mails, messages, coups de fils et relances qui vont rythmer mes soirées durant plusieurs semaines, avant de pouvoir finalement boucler mon tableau excel de guerre et ses 29 lignes d’arrêts journaliers.

En moyenne, des étapes quotidiennes de 20 à 35kms nous attendent, avec à la clé des soirées alternées entre duvet sous la tente et lit au chaud chez des particuliers, dans des gites, campings, centres équestres et autres domaines liés.
Et puis, petit bonus, les tempêtes successives des derniers mois ont laissé en bien piteux état une bonne partie des chemins, qui ne sont pas encore tous remis en état du fait des conditions météos qui tardent à s’améliorer. A fin avril, selon les infos glanées à droite à gauche, une partie des accès semblent dégagés, mais sans certitudes, ce qui nous promet de petites surprises pour les semaines à venir…
De l’art de boucler ses sacoches
Côté matos, c’est un combo entre ma check-list de voyage à vélo et celle de voyage à pied : basiquement, des sacoches et des éléments ultra légers. En ce qui me concerne, j’ai peu d’ajustements à prévoir par rapport à mon matériel existant : différentes couches de vêtements, des chaussures de randonnée pour pouvoir alléger une partie des étapes en marchant aux côtés de la jument, un kit de bivouac, quelques provisions de nourriture et le nécessaire habituel en termes de pharmacie, d’hygiène et de sécurité.
Par rapport à mon chargement de voyage vélo, j’ai quand même laissé de côté certains éléments : pas de réchaud à gaz, pas de hamac, pas de petits extras, et moins de place pour glisser des provisions dans les sacoches. Néanmoins, le passage régulier dans des villages, et mes étapes quotidiennes prévues dans des lieux d’hébergements « civilisés » ne m’inquiètent pas plus que ça quand à mes besoins de ravitaillements.
L’élément nouveau concerne son équipement à elle, que je dois entièrement revoir, car jusqu’alors, elle n’a connu qu’un matériel d’équitation classique, dont une selle anglaise qui ne possède aucune adaptation pour y fixer des sacoches de voyage, ni une assise prévue pour des heures passées en selle…
Je me lance donc en début d’année dans une quête de selle d’occasion adaptée à la randonnée. Les synchronicités sont lancées, et je trouve mon bonheur en 48h grâce à Isabelle, ancienne ATE – Accompagnatrice de Tourisme Équestre – qui se sépare de la sienne, ainsi que du tapis et des sacoches qui vont avec.
Isabelle a également beaucoup voyagé en solo avec sa jument, et me décrit avec une grande précision les détails et ajustements réalisés sur son modèle de selle « Longue Distance », fabriqué par le sellier artisanal Hughes Petel, spécialisé dans le voyage à cheval. Une partie en cuir prolonge l’arrière du troussequin, ce qui permet d’y faire reposer les sacoches arrières pour éviter qu’elles ne frottent directement sur le dos du cheval. Un système de sanglage à 3 points permet de l’ajuster en cas de blessure au passage de sangle, les étriers en bois et métal sont recouverts d’une fine couche de cuir pour éviter aux pieds de glisser… bref, tout un tas de petits détails qui collent parfaitement à mes besoins et à ceux de la jument !
Isabelle fait ainsi partie des premières bonnes étoiles de ce projet, et marque clairement le début de sa concrétisation. Elle vit dans le Sud, et je ne l’ai encore jamais rencontré « en vrai », mais c’est comme si elle était là, tout près, répondant à mes questions d’ajustements du matériel, me distillant ses précieux conseils et m’envoyant ses bonnes ondes à l’approche de mon départ. De petites attentions touchantes et rassurantes de la part d’une randonneuse en solo expérimentée, qui m’apportent une bonne dose de sérénité.
Pour la direction assistée de la jument, je fais le choix d’un bridon ultra léger avec une option « side-pull », qui permet de l’utiliser sans mors, en fixant les rênes sur les anneaux latéraux de la muserolle. Moins de contrôle pour moi, mais plus de confort pour lui laisser la bouche libre pour ses pauses casse-croûte dans l’herbe !

Chaque week-end est ainsi l’occasion d’une nouvelle sortie pour tester chaque équipement, ajuster leurs réglages pour qu’ils ne soient ni trop serrés ni trop lâches, vérifier leur répartition, leurs fixations…
Et puis pour peaufiner le tout, je me documente, je lis, j’apprends petit à petit, je pioche les conseils de cavaliers d’extérieurs expérimentés pour me nourrir de leurs trucs et astuces pratico-pratiques.
Finalement, ici aussi on retrouve le bon vieux tableau excel dans lequel sont listés tous ces éléments, précisant pour chacun leur poids afin d’évaluer si on reste dans la limite du raisonnable avec l’ensemble des équipements.
Le chiffre décisif apparaît en bas de tableau, pour vérifier si la somme du chargement ne dépasse pas 15 à 20% du poids de la jument, pourcentage habituellement conseillé pour randonner à cheval sans imposer une trop forte charge, de la même manière que l’exercice doit être fait par un marcheur avec son sac à dos pour randonner à pieds.
Au total, tous équipements compris, on est a un peu plus de 30kg, dont 18kg de sacoches, et environ 12kg de harnachements. En y ajoutant mon poids, on arrive autour de 90kg de chargement total, pour la jument qui doit faire aux alentours de 500kg. 18%, on n’est pas si mal pour des presque novices !



De la théorie à la pratique
Last but not least dans cette organisation de trip, les mois précédents notre départ sont consacrés à la préparation physique de la jument (et un peu à la mienne aussi…), bien que la météo bretonne ne nous facilite vraiment pas la tâche.
Entre tempêtes successives et pluies continuelles, les chemins sont assez impraticables, mais j’arrive néanmoins à me tenir à un programme de remise en route alternant sorties de plus en plus longues sur chemins durs, avec et sans chargement, mise en souffle en carrière pour lui assurer cardio et abdos, et séances de longes pour assouplir le tout sans contrainte de poids….
Le tout saupoudré d’un check up complet – ostéo, dentiste, maréchal – ainsi que d’une petite cure de biotine et de minéraux.
Bref, j’essaie de mettre toutes les chances de notre côté pour lui assurer la meilleure condition possible afin qu’elle profite tout autant que moi de cette aventure de 600kms à venir…

Et ça fonctionne plutôt bien ! Début avril, la jument est magnifique, elle a repris du muscle, elle a le moral et une bonne énergie, qui ne laisse absolument pas soupçonner son passage dans la catégorie sénior des équidés avec sa bascule dans sa vingtième année…


Test ultime avec elle avant de partir « pour de vrai » : aller dormir une nuit à l’extérieur, en dehors de sa routine quotidienne des écuries et loin de ses voisins équins. C’est chose faite avec une sortie de 35 kilomètres durant le week-end du 13 avril.
A 15 jours de notre grand départ, direction l’orée de la forêt de Coat Loch chez Virginie, qui nous accueille chaleureusement dans son joli coin de verdure. Un pré clôturé attend la jument, un spot parfait attend ma tente juste à côté, et les conditions météo sont enfin réunies avec un soleil qui nous accompagne tout au long de la journée.
Quanan est exemplaire, et plonge directement le nez dans l’herbe grasse. Je fais connaissance avec Virginie, que je retrouverai fin mai, son lieu d’hébergement correspondant à ma dernière étape avant mon retour à Concarneau.
Une bière partagée et une bonne douche chaude plus tard, je me glisse dans mon duvet et m’endors avec le concert des oiseaux alentours, et les bruits de mâchonnements réguliers de la jument qui me rassurent sur sa sérénité nocturne. Le lendemain, retour aux écuries au pas de course… de nous deux, elle est loin d’être la plus fatiguée !

Samedi 27 avril, nous sommes prêtes à partir. Les sacoches sont bouclées, les provisions sont préparées, les cartes pour les jours à venir sont à proximité. Une vingtaine de kilomètres nous sépare de notre première étape. Le top départ est lancé pour un mois d’aventures équestres sur les sentiers…
On the road again !
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