Marche tout droit
Samedi 27 avril
Concarneau. Jour J. Point de départ Finistérien de notre trip. J’arrive aux écuries et vais chercher la jument dans son pré, qui n’a aucune idée de ce qui l’attend pour ces 30 jours a venir… Oh joie, la météo est bien meilleure que celle attendue, et nous avons même le droit à quelques rayons de soleil pour nous accompagner sur cette première lancée !
Derniers préparatifs avant de prendre la route, Quanan grignote sa ration de foin pendant que je réparti mes extras de nourriture comme je peux dans mes sacoches.

Une fois nos valises prêtes, elle somnole à l’attache dans l’écurie pendant que je la selle. Il me faut une bonne vingtaine de minutes pour la préparer et ajuster méticuleusement ses sacoches, en optimisant la répartition de leur poids pour éviter les déséquilibres et limiter les frottements.

Fin prêtes, on quitte notre maison par la voie verte, notre chemin de ballade habituel. C’est parti pour une vingtaine de kilomètres qui vont nous mener à notre première étape à proximité de Coray.


Passé Rosporden, on bifurque sur de nouveaux chemins, mélange de sentiers et de petites routes. Les vaches sont à l’herbe et nous suivent gaiement en crispant Quanan, toujours impressionnée de longer leurs prés quand elles sont à proximité.
Il manque quelques degrés, mais pourtant en fermant les yeux je pourrais presque avoir l’impression du Sud en entendant quelques grillons chanter !


Après une petite heure d’échauffement et de souffle un peu lourd pour la jument, qui n’a pas eu tout son barda sur le dos depuis quinze jours, elle prend son rythme et enquille les kilomètres d’un pas volontaire, le nez au vent.
Seule difficulté du jour, un passage à gué de quelques mètres que je dois traverser à pieds à côté d’elle. Axe de progression numéro un pour la jument, qui me laisse passer en premier, pataugeant jusqu’à mi-mollets… Les kilomètres suivants se feront avec un léger « floc-floc » dans mes chaussures de randonnée…
Arrivée en fin d’après-midi, Soizig et sa famille nous accueillent à bras ouverts. Cavalière et membre d’une association de randonnée locale, nous faisons connaissance autour d’une bière et d’un dîner partagé, pendant que Quanan fait de même avec ses colocataires du jour qui viennent sagement la saluer.

Ma tente est installée dans son pré, je préfère pour ces premiers jours garder un œil sur elle en dormant à proximité, même si l’humidité et les quelques degrés du matin piquent un peu…

Glissée dans mon duvet, je m’endors rapidement avec les bruits environnants qui se ressembleront les jours suivants : le concert des oiseaux qui se clôture au coucher du soleil pour reprendre crescendo à son lever, le hululement d’une chouette, les aboiements d’un chien relou et les tas de bruits de forêt bizarres non identifiés.
Dans la nuit je ne distingue au bout du pré qu’un point blanc, l’un des poneys de Soizig, devinant juste à côté la ligne de dos de Quanan dans l’obscurité. Immobile, elle doit profiter de la proximité rassurante de ses voisins pour faire un bon petit roupillon. Au petit matin je l’entend se rapprocher de ma tente, avec ses bruits de mâchonnements, synonymes de provisions d’herbe fraîche pour recharger ses batteries.

Dimanche 28 avril
On rentre dans les terres, là où on croise des tracteurs, des Peugeot 205 et des petits vieux qui font leur promenade avec leur canne dans une main et leur épagneul breton dans l’autre…
Les paysages sont vallonnés, les couleurs sont belles et contrastées, avec de gros nuages cotonneux qui dansent au dessus des champs. J’ai la chance d’être dans une partie ensoleillée, qui surplombe une petite vallée au fond de laquelle un large rideau gris trahit la pluie.




Toute la journée, nous enchaînons les passages le long de troupeaux de génisses déchaînées, toutes heureuses d’être à l’herbe et de voir de l’animation sous leur nez. Systématiquement elles arrivent en masse et se pressent le long de la clôture, puis courent et bondissent joyeusement pour nous accompagner. Première marge de progression validée pour Quanan, qui en 48h est 100% désensibilisée, réagissant désormais peine à leurs sautes d’humeurs…

Jusque là notre itinéraire est bien dégagé, malgré des sentiers souvent étroits qui m’obligent à descendre pour éviter les branches trop basses.
J’alterne les kilomètres à pieds et à cheval, rythmés par les passages délicats, les cordes à ouvrir et à refermer à l’entrée de certains sentiers, et les montées dans lesquelles je soulage systématiquement le dos de la jument, marchant à côté pour partager l’effort physique du moment.
Le plus compliqué est de trouver un marche pied pour pouvoir me remettre à cheval… souche d’arbre, muret, grosse pierre, tout est bon à prendre pour me hisser sur la selle avec un style semi acrobatique pour enjamber la hauteur additionnelle des sacoches fixées sur la selle !
Arrivée au bord du canal de Nantes à Brest qui serpente le long de l’Aulne, et premier passage d’écluse réalisé avec aplomb par la jument, qui traverse le petit pont de pierre sans sourciller.


Nous remontons jusqu’à notre deuxième étape à Chateauneuf du Faou, proche d’une jolie petite chapelle, où nous sommes accueillies aux petits oignons par Hélène, voisine de la personne qui devait initialement nous recevoir mais qui à eu un souci de dernière minute. Soirée crêpes au chaud pendant que Quanan se repose sagement dans son pré en contrehaut de la maison.



Pas de copains pour elle ce soir a proximité, alors elle me scotche et passe la nuit à quelques mètres de la tente. Au petit matin, elle se cale dans le premier rayon du soleil pour se réchauffer et chiller pendant que je gère la logistique : séchage et pliage de tente, rangement des sacoches, check d’itinéraire pour la journée…


Après ces 45 premiers kilomètres, je la sens un peu fatiguée et vois pointer quelques premiers signes de douleurs : un postérieur qui se lève plusieurs fois au repos, une réaction vive quand je lui pose sa selle sur le dos, l’antérieur gauche qu’elle garde contracté quand je veux lui étirer vers l’avant pour libérer son passage de sangle…
Heureusement, les 20kms du jour suivant s’annoncent faciles et roulants le long du canal. Enfin, ça… c’était en théorie…
En pratique, après un charmant démarrage bucolique sur le sentier en herbe au sud du canal, on commence à devoir passer quelques branches au sol, puis en contourner d’autres avec d’étroits passages en bord de berge dans lesquels il ne vaut mieux pas trop zipper sous peine de finir à l’eau, puis devoir sauter un premier petit tronc, puis un deuxième (d’où l’utilité d’avoir une jument de saut d’obstacles…), pour finir par être complètement bloquées par un énorme arbre en plein travers du chemin.




Demi-tour et re-traversée de tous les obstacles déjà passés… S’en suivront plusieurs détours et un itinéraire rallongé de 8kms sur une route bitumée pénible, avant de finalement atteindre notre point de chute du jour sur les hauteurs de Gouezec.
La jument est rincée, le stress la faisant marcher encore plus vite, refusant de boire en cours de route ou trempant timidement son bout de nez dans l’eau, ne prenant plus le temps de s’arrêter manger sur le bord de la route. A l’arrivée, ses muscles sont contractés et douloureux, au point qu’elle rechigne à me laisser lui passer un coup d’étrille, elle qui normalement kiffe ces petites gratouilles de fin de journée…
Solène, qui nous accueille sur son terrain, lui apporte du foin et m’emmène lui acheter une grosse ration de pommes-carottes pour la rebooster.


De mon côté je ne suis pas en meilleur état ; j’ai les pieds en vrac, mal partout, et je n’ai pas pris le temps de manger autre chose qu’un twix et un morceau de pomme de la journée…
Après un bon repas chaud en compagnie de Solène et son fils, je retourne dans ma tente pour une nuit agitée, tant par le vent qui me rappelle mes bivouacs en Patagonie, que par mes pensées tourmentées.
Cap classique du 3eme jour à surmonter, que je connais d’expérience en randonnée. Le moment où, passé l’euphorie et l’énergie fraîche du départ, on rentre dans le dur avant de muter vers un rythme physique et mental qui va se renforcer dans la durée.
Mais cette fois-ci c’est un peu différent, car au-delà de la fatigue physique, le plus dur pour moi est de gérer mentalement sereinement la jument.
Petit coup de mou passager et questionnements de culpabilité qui vont avec. Il m’est difficile d’évaluer 100% objectivement son état, me demandant si je ne l’emmène pas trop loin, trop au-delà de sa zone confort.
Et puis, mon état mental influe directement sur le sien, comme une bande passante invisible et incontrôlable. Je m’agace, elle s’agace. Je m’angoisse, elle s’angoisse. Je me pose, elle se pose. Impossible de faire semblant, de « faire style que » si ce n’est pas 100% incarné physiquement, elle le détecte instantanément !
Ceux qui connaissent les chevaux savent à quel point ils sont un miroir pour l’Homme. Et dans ce type d’aventure c’est encore plus flagrant…
Pour faciliter ce passage de cap, je décide après mon étape du lendemain de nous accorder une journée de repos, en squizzant la journée prévue vers Rumengol un peu plus à l’ouest.
Nous arrivons ainsi mardi à Saint Segal, après une étape bien plus courte et facile que la veille, suivant partiellement le bord de l’Aulne, mais cette fois du côté stabilisé du canal, utilisé par les vélos, et qui se déroule sans accrocs.


Notre espoir d’échapper à la pluie en partant tôt s’amenuise de minutes en minutes en voyant le rideau gris à l’horizon se rapprocher et arriver à notre niveau avec une petite bruine, qui s’intensifie rapidement pour se transformer en belle averse et nous amène trempées devant le portail de nos hôtes du jour.
Cécile et ses filles nous accueillent dans leur ancienne ferme équestre, qui n’abrite plus aujourd’hui qu’un grand trait mulassier à côté duquel Quanan fait office de poney !



Le pauvre souffre d’un abcès au pied depuis plusieurs mois qui l’empêche de marcher, et Quanan va rester à ses côtés pour lui tenir compagnie durant tout notre arrêt.

C’est le 1er mai, alors on célèbre nous aussi la fête du travail! Le déluge de la veille étant calmé, j’en profite pour faire sécher toutes mes affaires et peaufiner l’organisation de mes jours à venir.
J’essaie de manger un peu plus et j’enchaîne les thermos de thé car depuis mon départ j’ai froid presque tout le temps, et je sens bien que mon carburant n’est pas tout à fait le bon pour me maintenir en forme physiquement !

Je frissonne, je grelotte, je tremble, mes muscles sont contractés H24. Le froid humide rend mes nuits en tente bien plus froides qu’en montagne, il fait 5/6° dans les terres le matin, et rarement au dessus de 11/12° en journée…
Le lendemain, cette journée de pause nous a fait le plus grand bien. Tout est prêt pour reprendre la route, Quanan à retrouvé sa grande forme et marche en sautillant, à la limite du trot. On grimpe direction les Monts d’Arrée, et les panoramas vallonnés sont magnifiques. Le soleil est enfin de la partie durant un bon morceau de la journée. Il nous réchauffe la peau et la jument à l’air de l’apprécier autant que moi.
Malgré les ravages encore visibles de la tempête Ciaran, les chemins sont bien dégagés et l’itinéraire est superbe, laissant entrevoir au loin à l’approche de Saint Rivoal la célèbre chapelle de Brasparts, perchée sur sa petite montagne.





Bref, une journée bien trop parfaite pour être vraie ! Arrivée dans le bourg de Saint Rivoal en tout début d’après midi, je me réjouis d’avoir une demi journée pour que la jument puisse chiller, me régale d’avance d’un bon repas dans une auberge et d’un lit au chaud dans le gite communal du village.
Mais c’est sans compter la « légère » distorsion d’informations données par la mairie deux jours plus tôt, qui me précisait bien au téléphone un « pré sécurisé avec point d’eau » pour l’accueil des cavaliers randonneurs. Sur place, je découvre que la pâture indiquée par de petits panneaux est située à 5 min à pieds du gîte, dans un champ isolé en bout de sentier, et surtout absolument pas clôturée !
Je desselle la jument qui tourne et vire, et pose rapidement mes sacoches à l’entrée du gîte, puis tente vainement de joindre la mairie et le numéro de portable de la personne responsable de l’accueil…
En attendant, je décide de monter en dépannage mon petit paddock nomade, composé de quelques piquets pliables, d’une bobine de ruban et d’un électrificateur à piles, gérant tant bien que mal la jument en longe dans une main, et l’installation de la clôture dans l’autre.
Agitée d’un côté et de l’autre, Quanan s’agace un peu et, alors que je m’apprête a fermer le dernier côté du paddock, elle prend peur et saute le maigre fil tendu pour partir au grand galop, direction la sortie du champ…
Je la vois disparaître sur le chemin et pars à sa poursuite dans tout le village, sans réussir à remettre la main dessus. Impossible de la localiser. J’appelle, je cours à droite à gauche dans les environs et questionne les habitants, tente vainement de contacter à nouveau la mairie et le numéro d’urgence. J’imagine déjà le pire, mais essaye de me rassurer avec le fait qu’elle a son licol, sur lequel j’ai accroché une petite plaque gravée avec son nom et mon numéro, pour pouvoir faire face a ce genre de situations…
Dans le bourg, je finis par rencontrer deux personnes qui me disent l’avoir vu passer dix minutes auparavant, puis un monsieur qui arrive en voiture et l’a croisée 2kms plus bas, suivant la route par laquelle nous étions arrivées. Je grimpe avec lui pour rebrousser chemin, jusqu’à croiser une éleveuse de chèvres au bord de la route, au téléphone avec son voisin chez qui la jument vient d’arriver un kilométre plus loin…
Nous filons jusque chez lui, que je vois revenir du bout d’un chemin avec la jument en longe. Pas de blessures, plus de peur que de mal mais la jument est bien séchée. Je la récupère, fébrile, les remercie chaleureusement pour leur aide et remonte les 3kms à pieds jusqu’au bourg par un petit sentier en pleurant nerveusement.
Quanan me suit docilement, mais s’arrête plusieurs fois pour croquer la terre avec ses dents, signe d’un manque de minéraux pour ma pauvre bounette qui s’est bien déshydratée. De retour au village, je retrouve la personne chargée des accueils que j’ai finalement eu au téléphone entre temps, et pour laquelle je me passerai de commentaires afin de ne pas heurter votre sensibilité… Elle me montre alors le deuxième pré « sécurisé » de la mairie : des fils rafistolés à 70cm du sol, pas d’électricité, des branches encore tombées sur une partie du pré, un point d’eau pas rempli dont le fond est tapissé de terre, le tout au bout d’un parking pour camping car, vide, sans habitations ni sécurisation à côté…
Inconcevable pour moi d’y mettre la jument pour risquer une nouvelle échappée belle. J’opte donc pour le plan B d’activation de mon réseau breton devant l’inefficacité de la mairie à me proposer une solution convenable, et finis par trouver une option d’hébergement pour la jument et moi à Commana.
Je rassemble mes affaires, fais redescendre la pression – celle de la jument et la mienne – assise penaude sur mon tapis de selle, réalisant que je n’ai plus de forces, et une soif que j’avais complètement mis de côté…

Située a 10 minutes de route, Lydie nous sauve la mise et vient nous récupérer en van pour nous amener au calme chez elle. Cavalière randonneuse également, elle a des chambres d’hôtes et un pré autour de sa maison.
Je passe ainsi ma première nuit au chaud depuis mon départ, après un bon dîner partagé avec elle et son mari, la jument sous mon nez devant les fenêtres, sereine et apaisée.
Parfois les choses ne se passent pas comme on veut, parce que quelque chose de mieux est prévu à la place…



Le lendemain, nous reprenons la route après une nuit salvatrice et un bon petit dejeuner. La météo est mitigée pour cette nouvelle étape, dont les paysages changent radicalement. Nous sommes au cœur des Monts d’Arree, massif montagneux de la Bretagne, recouvert de landes sèches et de bruyères surplombées par des crêtes rocheuses.
Quanan gagne encore quelques galons dans son nouveau grade de randonneuse, en franchissant courageusement le passage délicat de Roc’h Trevezel avec ses sentiers accidentés et ses pierriers glissants, entourés de buissons qui piquent les mollets.
Une bonne suée, accompagnée d’une bonne pluie passagère juste à ce moment là qui nous donne une petite impression de traversée du Mordor…




Le sentier final qui nous mène jusqu’à La Feuillée est bien plus reposant, et me permet d’admirer les lumières sur le lac de Brennilis que nous longeons au loin, la chapelle de Brasparts dominant toujours les alentours à l’horizon. Il nous amène au pied de la maison d’Anne, mon hôte du jour, qui me reçoit avec sa fille Claire, tout juste rentrée d’un long voyage en Argentine avec une traversée de la Patagonie à cheval, de quoi papoter toute la soirée !






Samedi 4 mai
Nous célébrons notre première semaine sur la route avec notre plus grosse étape, avalant 32 kms. Les premières heures sont un peu ennuyeuses, et nous causent quelques détours du fait de chemins bouchés par des troncs. Encore un passage à gué à pied, qui me laisse les orteils glacés pour une partie de la journée, puis nous rejoignons la jolie voie verte qui relie Morlaix à Carhaix.

Roulante, dégagée et un peu abritée du vent, elle file tout droit pendant 10kms. Quanan est en mode pilote automatique, ce qui me laisse les mains libres pour grignoter un semblant de pique-nique, un peu brassée par son pas tonique entre deux bouchées de comté…
Je pourrais presque m’accorder une micro sieste si l’on ne croisait pas de temps à autre quelques cyclistes ou promeneurs avec leurs chiens, quasiment les seules âmes humaines rencontrées durant cette journée.
Cette voie nous emmène vers le point le plus au nord de notre périple, pour notre dernière étape de la semaine située juste en dessous de Morlaix.
J’avais hâte d’y arriver, et c’est encore plus beau que ce que je pensais ! Le domaine équestre de Rosampoul est tout simplement magnifique. Habité par Martine et Bruno qui ont entièrement réhabilité les lieux auparavant à l’abandon, tout est pensé pour le bonheur des chevaux et de leurs cavaliers.


Quanan et moi passons une journée de repos dans cet écrin de verdure. J’en profite pour gérer tranquillement ma routine de randonneuse : lavage de fringues, logistique des courses, préparation des itinéraires et étapes pour la semaine à venir…




En fin de journée, Bruno m’emmène faire le tour du domaine en quad, ses trois setter gordon filant à nos côtés a travers les allées. Un peu plus de 110 hectares, en grande majorité recouverts par une incroyable forêt parsemée de chemins cavaliers, bordés par un joli étang et entourés de quelques hectares de terres cultivées. Ici tout est géré de A à Z; de la valorisation des parcelles de bois de la forêt à la gestion de la biodiversité, de la culture des céréales à la production de foin, tout est réalisé avec passion et expertise.
Luxe, calme et volupté pour clôturer cette première partie d’aventure!


Une première semaine qui s’achève, avec au bilan 160 kilomètres parcourus en 31 heures, soit un bon 5km/h de moyenne…b
Pas de blessures à déclarer. Pas de soucis de matériel. Les pieds et les tendons sont nickels. Les courbatures s’estompent doucement.
Le plus compliqué reste le déroulé incertain de mes itinéraires, pour lesquels je dois trouver l’équilibre entre marcher sur les petites routes bitumées, plus impactantes pour les articulations mais plus sécurisées en termes d’accès, et les sentiers plus jolis, mais toujours anxiogènes car on ne sait pas dans quel état on va les trouver : dégagés ou non, secs ou boueux, larges ou très étroits, plats ou remplis d’ornières…
Dans tous les cas, je prends soin désormais pour chaque tracé d’avoir à proximité de sentiers des alternatives de routes peu éloignées, pour pouvoir bifurquer sans trop de détours en cas de passage bouché.
Pour nos étapes du soir, nous sommes chaque jour accueillies avec une grande gentillesse, la jument découvrant de nouveaux lieux dans lesquels elle se fond sagement, tandis que je rencontre de mon côté de nouvelles personnes aux parcours variés et passionnants.
En chemin notre rythme s’affine. Quanan progresse et se transforme petit à petit en ETT – Equidé Tout Terrain – pour braver les passages escarpés et les chemins étroits ou en mauvais état. De mon côté j’ai augmenté d’un cran ma vitesse de marche pour adapter la plupart du temps ma cadence à la sienne.
Bref, ma petite jument mute progressivement en aventurière, et moi je m’efforce de me fondre dans ses pas pour l’accompagner le plus sereinement possible.

Et, par-dessus tout, je me régale de nos petits rituels. Aller lui faire une gratouille en me réveillant et en allant dormir. L’admirer se caler dans le premier rayon de soleil pour se réchauffer au petit matin. La voir gratter d’impatience quand il me faut 20 minutes pour la seller avant de commencer a marcher, et à l’inverse attendre patiemment sa remise à nu le soir venu. La sentir s’approcher et me pousser de son nez quand je marche à côté et essaye d’attraper discrètement une pomme pour avoir le temps d’en croquer deux bouchées avant qu’elle ne l’engloutisse. Sa manière d’hennir à mon arrivée. De s’approcher pour se faire gratouiller en fin de journée. De se frotter les yeux sur mon épaule. De s’ébrouer systématiquement trois fois quand je lui glisse sa muserolle autour du nez. De barbouiller bruyamment dans chaque point d’eau pour ne finalement boire qu’une gorgée. De caler ses pauses pipi sur les miennes en forêt.
Bref, ces petits détails de rien qui font toute la saveur de nos journées partagées…
Lundi 6 mai
C’est reparti pour la suite de nos aventures, cap vers Saint Brieuc !

Laisser un commentaire