Here comes the sun
Lundi 6 mai
Nouvelle semaine, nouvelle destination !
Cap vers l’Est direction Saint Brieuc, que nous devrions rejoindre en fin de semaine.
Je quitte Martine, Bruno et leur incroyable domaine de Rosampoul, au sein duquel nous nous sommes accordé un repos dominical bien mérité.


Notre étape du jour nous amène vers Guerlesquin. Quanan semble avoir pris la mesure de notre aventure au long cours, et a baissé son rythme d’un cran. Elle marche désormais tranquillement le long de la route, grappillant toute la journée de longues tiges d’herbe, agrémentées de quelques trèfles, pissenlits et têtes de chardons.


La météo s’améliore, on sent les degrés monter progressivement, y’a enfin le printemps qui chante.
Sans la contrainte de la pluie en tête, je déroule mes étapes plus sereinement. Enfin, je n’ai plus froid ! J’ai même enlevé une couche, puis deux, et pris le risque de laisser le k-way rangé dans une sacoche…
La jument se réchauffe aussi, elle ne transpire pas mais je sens en marchant sa chaleur qui irradie vers moi.
Les endroits que nous traversons sont d’un calme absolu, à peine rompu de temps à autre par un tracteur ou un camion agricole.





Nous croisons plus de vaches que d’humains dans cette zone très rurale, sans grande activité en dehors des exploitations de cochons, de poules et de bovins. Tout autour de nous, de grandes étendues de champs et de forêts dans une palette de verts contrastés. De temps à autre, une maison abandonnée. L’attrait des alentours ne semble pas à son apogée…





On voit quelques chevreuils, lièvres et rapaces, et même un petit serpent qui sort de l’herbe sous le nez de Quanan, pour se faufiler de l’autre côté de la route, sans même qu’elle s’en aperçoive !

La jument commence à prendre ses habitudes et marche plus facilement sur les bas côtés pour économiser ses pieds, mais surtout pouvoir accéder à l’herbe aisément…
Elle traverse les hameaux et petits villages tranquillement, impassible face aux voitures, bus, tondeuses ou aboiements des chiens derrière les portails.

Arrivée à notre étape du jour dans une petite pension équestre, Quanan passe sa première nuit en boxe avec vue sur les copains, pendant que je profite d’une soirée au calme, en tête à tête avec le dernier bouquin de Jean Marc Rochette. Des Côtes d’Armor au cœur du Parc des Écrins il n’y a qu’un pas, et je me laisse transporter dans les Alpes avant de m’endormir bien au chaud sous une couette.

Mardi 7 mai
Après moults demi-tours et bifurcations ces derniers jours sur des sentiers bouchés, privés ou supprimés par des champs cultivés, je prends désormais le parti de rester majoritairement sur de petites routes communales bitumées. D’autant plus sur des étapes au-delà de 20kms, pour lesquelles chaque détour nous coûte physiquement et mentalement.
Moins de changements et donc moins de montées en pression. La jument est plus sereine, moi aussi, et nos étapes se déroulent paisiblement.
Pour ce soir, c’est bivouac dans une jolie prairie au cœur de la forêt de Coat-an-Hay, proche de Belle Isle en Terre (aucun lien avec Laurent Voulzy).

Sonia, qui habite à proximité et gère quelques chevaux en pension, nous a mis à disposition ce petit morceau de verdure, que nous partageons avec une autre jument et un poney.

Je profite du soleil de fin de journée pour un pique-nique en compagnie de mes colocataires équins, puis me glisse dans mon duvet pour finir mon bouquin alpin.
Quanan passe sa soirée a faire les cent pas, agacée par les nuées de minuscules moucherons qui tourbillonnent dans l’air et l’assaillent par dizaines. Elle passe et repasse le long de ma tente d’un pas lourd, m’empêchant de trouver le sommeil. Padam, padam, padam, écoutez le chahut qu’elle me fait…
Et puis dans la nuit, c’est au tour des autochtones de faire leur entrée, avec les cris des chevreuils dans les bois, puis celui tout proche d’un renard qui me réveille en sursaut. Je l’entends faire de petits bruits a proximité de ma tente, sans pouvoir jauger sa distance, ses froissements de pas sur le sol feuillu se mêlant avec ceux de Quanan juste à côté.
Malgré ça, j’arrive quand même à cumuler une bonne nuit de sommeil, et suis réveillée au petit matin par le concert des piafs. Parmi eux se glisse un nouveau son, celui du coucou, annonciateur de la belle saison. Croisons les doigts pour qu’il ne se foire pas !
Aujourd’hui c’est une petite étape de 13kms qui nous attend, alors rien ne nous presse à partir tôt. J’ai pris soin de poser la tente plein Est pour pouvoir profiter des premiers rayons du matin, qui nous réchauffent progressivement. Toute la prairie s’illumine petit à petit, la jument vient tourner autour de moi, son ombre se découpant sur ma toile de tente avant de voir apparaître son gros museau à l’entrée de mon auvent.
Instants calmes et précieux. Pas de réseau. Pas de contraintes. « Le luxe de l’essentiel. »



Une fois la tente séchée, les sacoches ré-empaquetées et un sommaire petit dej’ avalé, je selle la jument et reprend la route en marchant à ses côtés, le temps de laisser ses muscles se délier. Mais ce matin, c’est plutôt elle qui m’échauffe au pas de course ! Elle décide pendant un kilomètre d’hennir en réponse au poney resté de l’autre côté de la forêt, et trottine nerveusement, l’encolure dressée au bout de ma longe.
Un muret salvateur devant une maison met fin à mon semi jogging, m’offrant un marche-pieds pour enfin pouvoir grimper en selle, et ne plus redescendre jusqu’à l’approche de notre étape à Pedernec.



Situé à proximité de Guimgamp, ce petit village nous amène en avant de Gildas, cavalier randonneur, et de sa femme Sylviane.
Ils ont créé il y a plusieurs dizaines d’années un relai équestre, autrefois régulièrement rempli par des groupes de cavaliers, qui aujourd’hui se sont réduits à quelques randonneurs sporadiques comme moi.
Le bâtiment dédié à ses occupants de passage a été pensé dans une grande fonctionnalité : de longues barres d’attache en bois pour les chevaux, des tréteaux alignés pour y poser son matériel, des tables et bancs, un dortoir à l’étage… Le temps semble s’être suspendu dans ce lieu dont les murs sont recouverts d’articles de journaux, de photos de randonnées et de cartes topographiques détaillées.





Après avoir clôturé ma routine logistique sous le soleil, Gildas me raconte l’âge d’or des lieux et son expérience personnelle autour d’un kir breton et de bonnes galettes préparées par Sylviane.

Le lendemain, nous faisons notre première étape en trio ! Yann, un ami, nous rejoint pour une journée ensemble à pieds. Quanan en profite pour se rassasier encore un peu plus d’herbes, pendant que nous marchons sous un grand soleil. Après une vingtaine de kilomètres, Yann bifurque pour redescendre la vallée par un autre sentier plus ombragé, pendant que la jument et moi atteignons le cœur de Pontrieux, traversant les rues pavées de la ville sous le regard des passants et des touristes attablés aux terrasses des cafés.

Nathalie, notre hôte du jour, habite juste à la sortie du centre. Une fois mes affaires posées, elle m’emmène en reconnaissance d’itinéraire pour le lendemain, pendant que Quanan se délecte à grand bruits d’un bon mash, mélange de céréales que l’on trempe dans de l’eau chaude pour en faire une sorte de bouillie réhydratante.
Pour ce soir, c’est avec des poules que la jument partage son espace. Elles picorent les restes des céréales tombées sur la terre battue, pendant que Quanan termine méticuleusement de lécher le fond de son seau, impassible à la petite troupe qui lui tourne autour.

La soirée ensoleillée nous permet d’inaugurer autour d’un apéro dînatoire la nouvelle pergola en bois de Nathalie, tout juste terminée. Je file me coucher triplement au chaud avec mon duvet, mes premiers coups de soleil et mes quelques verres de vin partagés.
Les deux étapes suivantes se déroulent aussi bien que les précédentes. Les alentours s’animent petit à petit, avec plus d’habitations et plus de vie.
Je prends le temps d’observer les petits hameaux, les bicoques tordues, les maisons soigneusement entretenues et les jolis domaines rénovés, parmi lesquels des chapelles, des églises, et parfois des cloîtres et des abbayes sont solidement ancrés dans chaque paysage.



L’expérience de ma première semaine m’a amené à réajuster quelques étapes, principalement pour assurer la sécurité de la jument le soir en pré clôturé, mais aussi pour adapter nos distances d’un jour à l’autre, afin d’équilibrer nos efforts de marche cumulés.
A l’approche de la côte au nord de Saint Brieuc, j’abandonne donc l’idée de camping sans espace dédié aux chevaux, et fais étape un peu plus au calme dans les terres chez Myriam, qui avait proposé de m’héberger via un groupe de cavaliers des Côtes d’Armor sur les réseaux sociaux.

Enseignante d’équitation, cavalière de complet et d’endurance, elle possède quelques poneys et chevaux aux côtés desquels Quanan passe sa soirée, pendant que nous partageons la nôtre autour de souvenirs équestres plus ou moins lointains.
Samedi 11 mai
Le lendemain, Quanan et moi avançons jusqu’à Plourhan, dernière étape avant de rejoindre Saint Brieuc. Un petit arrêt boulangerie dans le village pour acheter ma « french baguette » en missionnant une dame qui la récupère gentiment pour moi pendant que je tiens la jument, et nous arrivons en début d’après midi au domaine de Beauregard, ensemble de gîtes dans un ancien corps de ferme, en face desquels Thomas, éleveur bovin, me met gentiment à disposition un grand pré en herbe, à côté de trois adorables poneys.




Pour ce samedi soir, c’est ambiance riders ! Je me retrouve au milieu d’un groupe de 36 motards venus passer quelques jours dans les alentours. Un food truck de galettes s’installe dans la cour, et je suis chaleureusement conviée à partager leur soirée. Ils sont adorables, mais sans même démarrer leurs engins, ils font grimper en flèche mon quota de décibels, trop habituée aux ambiances feutrées de mes précédentes journées…


Dimanche 12 mai
Dernière étape de cette deuxième semaine, que j’appréhende depuis plusieurs jours. Last but not least, je dois rejoindre Yffiniac en contournant Saint Brieuc. Une longue étape semi citadine de 30 kilomètres nous attend, avec option pluie à mi-journée…
C’est donc au petit matin que Quanan et moi quittons nos colocataires respectifs pour entamer notre route dans une ambiance calme et ensoleillée. La météo est finalement bien meilleure que celle initialement annoncée, charme imprévisible de notre chère Bretagne.
A peine une petite brume au dessus des champs, qui s’estompe rapidement à mesure que le thermomètre remonte.

Quanan à eu le temps de se rassasier d’herbe grasse toute la nuit et marche d’un bon pas. Comme si elle sentait qu’une grosse journée nous attend, aujourd’hui elle ne traine pas. « En avant, calme et droit ».
Nos vingt premiers kilomètres sont avalés dans la matinée, sans autre tourment que celui de mes fers qui commencent sérieusement à s’user et se transforment par moment en patins dans les descentes au bitume trop lisse…
La jument enchaîne les traversées de ponts, de lotissements, de centre-villes et de places d’églises avec un sang froid infaillible et une bonne humeur contagieuse. Les gens sourient et nous saluent affectueusement, contents de voir passer un équidé impromptu en plein milieu de leur quotidien.


A mi-journée, un joker rochelais fait son entrée pour nous accompagner sur cette dernière partie d’étape! Martine, ma maman, vient passer deux jours par ici, et nous déleste de nos sacoches pour alléger nos derniers kilomètres.
Une petite pause en forêt pour grignoter un morceau pendant que Quanan trépigne et gratte le sol, toujours aussi impatiente lorsqu’il s’agit de faire un « temps calme » en cours de route…

Nos derniers kilomètres vers Yffiniac se font en toute légèreté, avec même quelques foulées de trop enjouées sur le bas-côté fraîchement fauché.
La jument arrive dans son écurie du jour à peine fatiguée, les oreilles dressées devant la carrière en sable dans laquelle se déroule une petite compétition familiale avec enfants et poneys a foison.
Ration de foin local et mash rochelais pour bien finir la journée… Demain c’est repos général et plan maréchalerie pour se préparer à attaquer la suite de nos aventures !


Cette deuxième semaine s’achève ainsi tranquillement, avec au bilan 150 kilomètres parcourus en 30 heures dans la douceur… et la chaleur !
Quinze jours se sont déjà écoulés depuis notre départ. 60 heures de marche. Un peu plus de 300kms cumulés.
Après une première semaine de rodage, la jument a vraiment progressé. La confiance est bien installée. Notre complicité s’affine. Nos petits rituels s’ancrent. Nos mouvements et nos déplacements sont de plus en plus fluides et coordonnés. Notre lien se renforce un peu plus chaque jour.

Le physique tient bon, le mental aussi. Quanan a séché un peu mais garde un top état général. Pour moi, tout pareil !
Je trouve mon équilibre entre nos journées en tête à tête, ponctuées de soirées conviviales avec les personnes qui nous hébergent, et me partagent leurs tranches de vie diverses et variées.
Nous avons atteint le point le plus au Nord Est de notre itinéraire, bouclant la première moitié de notre chevauchée.
Pour cette troisième semaine, on ressort le k-way et on remet le cap vers le sud Bretagne, direction le Morbihan !

Laisser un commentaire