Get rhythm
Lundi 13 mai
« Qui veut voyager loin ménage sa monture ».
Pit stop à Yffiniac, au sud de Saint Brieuc, pour un passage au stand technique : changement de chaussures pour Quanan !

Ces 300 premiers kilomètres ont bien limé ses fers, qui ont changé de son en marchant ces derniers jours et commencent à glisser dans les descentes…
A nouveau, je fais appel au réseau breton et trouve un maréchal-ferrant pour nous dépanner, et nous assurer la bonne continuité de notre aventure.
J’appréhende un peu de confier cette tâche à une nouvelle personne, habituée à mon maréchal concarnois très expérimenté qui nous avait peaufiné une super ferrure de départ, mais là je n’ai pas d’autre choix. Heureusement, la jument est facile et a de bons pieds, un changement de technique ponctuel ne devrait donc pas trop la perturber.
Mes inquiétudes sur la corne de ses sabots qui commence à fendiller sont un peu levées en constatant une fois pieds nus que cela reste plutôt superficiel pour l’instant.
Et quand je vois l’état de ses fers usagés, je me dis qu’il aurait été bien audacieux d’aller plus loin avec ces souliers !



Je les garde en souvenir collector, parmi les quelques affaires que je laisse à Martine, ma maman, cheffe adjointe de ce stop local.
Ce souci technique évacué, Quanan profite d’une journée de repos dans un petit centre équestre avec douches au jet pour soulager ses tendons, rations de mash-pommes-carottes pour sa récupération, et foin à volonté pour s’occuper entre deux siestes…


De notre côté, Martine et moi tentons de passer entre les averses pour profiter de quelques escapades alentours.


Un gîte au chaud me permet enfin de refaire le plein de sommeil, de calories, et d’ajuster mon itinéraire et mes étapes pour cette troisième partie de trip.


Mardi 14 mai
Reposées, propres et rassasiées, Quanan et moi sommes prêtes à réattaquer cette semaine, avec une météo qui s’annonce bien moins estivale que la précédente…
Nous profitons de la présence de ma maman pour nous aider sur la logistique des deux étapes suivantes, avec l’option acheminement de sacoches d’un point d’arrêt à l’autre.
Cela permet de tester la nouvelle ferrure de la jument en étant allégées sur les 18kms qui nous mènent au très beau village fortifié de Moncontour. Une chouette étape, durant laquelle nous passons presque à travers les gouttes pour arriver au joli camping communal géré par Bruno et sa fille, ravis d’accueillir notre équipe originale.





Sans installation dédiée pour les chevaux, nous avions pris soin en amont de venir poser un paddock restreint mais efficace, avec quelques piquets et clôtures tout droit importés de La Rochelle, plus hauts et plus sécurisés que le kit paddock nomade transporté dans mes sacoches.
Installées dans un chalet juste en face, cela nous permet d’assurer une présence rassurante pour la jument, tout en gardant un œil sur elle. Elle râle un peu avec quelques hennissements d’ennui pour finalement se poser tranquillement, plus calme que ce que j’avais imaginé étant donné ce nouveau lieu très atypique pour elle !

Au matin, rangement général des affaires et du pré éphémère. J’ai troqué mon kit paddock dont je n’aurai plus besoin pour mes prochaines étapes contre quelques rations de mash glissées dans mes sacoches.
Avant de reprendre la route pour La Rochelle, Martine nous dépose à nouveau nos affaires à notre étape du soir. Cela nous permet de nous faire saucer par la météo bretonne capricieuse en toute impunité, sans craindre de tout devoir faire sécher à notre arrivée !

En réalité, le temps n’est pas si pire… Une bruine intermittente un peu gênante mais pas trop méchante, ponctuée d’une ou deux courtes averses, entre lesquelles les rayons de soleil qui percent à travers les gros nuages arrivent à nous réchauffer. Quanan reste stoïque et poursuit son inlassable quête d’herbe en bord de route, sa nuit en camping ne l’ayant pas suffisamment rassasié.
L’étape est très belle, vallonnée avec une ouverture panoramique sur la campagne à perte de vue.




Quelques exploitations agricoles odorantes pour faire ronfler Quanan de perplexité à leur traversée, un passage d’éoliennes fendant sourdement l’air de leurs immenses pales, encore et toujours des vaches curieuses, un gros ragondin en train de grignoter dans le creux d’un fossé au bord d’un cours d’eau…




Moins encombrées sans nos 20kg de sacoches fixées tout autour de la selle, on s’accorde quelques passages au trot dans de larges sentiers. La jument a la forme et le moral, les oreilles pointées vers l’avant et l’allure légère.

Les chemins de ces derniers jours paraissent bien mieux entretenus que dans le Finistère. L’ACECA 22 – Association des Cavaliers d’Extérieurs des Côtes d’Armor – a largement balisé la plupart d’entre eux, et bien souvent, lorsqu’il s’agit également de sentiers VTT je suis presque assurée de pouvoir les emprunter sans difficultés.

En début d’après-midi, nous arrivons à notre étape chez Paulette, au nord de Loudéac. Pendant que je mange un morceau et fait un peu de rangement, la jument se détend dans son pré du jour. Il est des lieux où elle paraît être instantanément comme chez elle, et se repose plus sereinement.

Avec l’expérience d’un mari qui était éleveur de chevaux et randonneur, Paulette connaît parfaitement la routine des cavaliers et nous offre tout ce qu’il faut pour une pause des plus confortables !
Je profite de ce temps au calme pour faire un bon pansage à Quanan, synonyme de check up complet pour vérifier l’état des sabots, des tendons, des légers bobos, et pour faire la chasse aux tiques… Chaque jour je lui en retire trois, quatre, cinq, minuscules incrustes que l’on ne détecte qu’avec un contrôle minutieux de chaques parties propices à leur installation : bas des membres, dessous de tête, passage de sangle… La jument somnole, les yeux mi-clos et le corps relâché. Propre et brillante, elle se roule à nouveau dans l’herbe fraîche à peine remise au pré !

Jeudi 16 mai
Aujourd’hui est une journée particulière… on fête nos 16 ans de coéquipières !
Seize ans tout pile depuis le jour où je l’ai fait monter dans un van a Barbizon, elle qui était encore une petite jument de quatre ans un peu réservée et juste dressée… Quel long chemin parcouru ensemble aux quatre coins de la France durant toutes ces années, pour se retrouver en plein milieu de la Bretagne en ce (presque) beau mois de mai !
Un petit déjeuner pommes-carottes pour célébrer ça, et nous voici reparties pour notre dernier jour dans les Côtes d’Armor, avant de passer la « frontière » du Morbihan.

La journée démarre calmement. Pas de vent, pas de pluie. Peu d’activités alentours, si ce n’est quelques personnes croisées qui nous questionnent sur notre itinéraire, sans pouvoir m’étendre au-delà de ce que Quanan veut bien nous accorder comme temps, piaffant et grattant pour reprendre sa marche…
L’itinéraire est toujours aussi joli. Des vaches, souvent. Des chevaux, régulièrement. Une jument et son poulain qui trottinent et nous appellent depuis leur champ un peu plus loin, sans que Quanan ne daigne répondre…





Nous rattrapons une voie verte à l’approche du lac de Guerlédan. Jusque-là on pourrait presque qualifier la journée « d’ensoleillée ». Mais c’est sans compter le gros rideau gris que l’on distingue plus loin en contrebas. Il nous reste cinq kilomètres à parcourir, et malheureusement c’est dans cette direction que nous nous dirigeons !



Juste le temps d’enfiler ma veste imperméable et la bruine commence à se faire sentir, pour se transformer quelques minutes plus tard en une énorme averse orageuse ! En quelques instants nous sommes trempées de la tête aux pieds, l’eau ruisselant de partout jusqu’à notre arrivée sur le canal de Nantes à Brest, qui longe le lac de Guerlédan.




Bien rincées, nous finissons notre étape un peu plus loin a Saint Aignan, au bord d’un plan d’eau où nous profitons d’une accalmie pour attendre Marie qui nous rejoint avec son van. N’ayant pas trouvé d’étape avec un pré sécurisé par ici, Marie qui est notre hôte pour l’étape suivante m’a gentiment proposé de nous récupérer pour nous avancer directement chez elle.
C’est donc à Séglien que nous passons la fin de journée et le lendemain, le temps de laisser passer les fortes pluies annoncées. Quanan fait connaissance avec ses deux adorables colocs gris, pendant que je suis chaleureusement accueillie et installée chez Marie.




Pour cette journée de pause de vendredi, un créneau matinal ensoleillé nous permet une jolie petite sortie à cheval. Quanan et moi découvrons les sentiers moelleux de la forêt qui entourent la maison, accompagnées par Marie qui a pris un de ses chevaux et nous conte l’histoire des lieux aux abords desquels nous passons.




Samedi 18 mai
C’est reparti pour la dernière partie de notre aventure !
Du Morbihan au Finistère, il nous reste un peu plus de 100kms pour profiter de nos dernières étapes avant de rentrer en terres concarnoises.
Je check la météo au jour le jour pour évaluer nos parcours et ajuster nos horaires d’étapes. Cette semaine au temps mitigé a été l’occasion pour moi de dormir au chaud et à l’abri chaque soir.
Je commencerais presque à m’embourgeoiser sans quelques petites averses bien placées en journée pour me ramener à mon statut d’humaine perméable et frileuse… contrairement à Quanan qui, au-delà de baisser la tête et tourner le dos à ces intempéries passagères, n’a que faire de passer ses nuits à la belle étoile, tant que l’herbe est bonne et que les branches des arbres peuvent lui servir de parapluie !

Cap vers le cœur du Morbihan, direction Bubry !

Laisser un commentaire